Equipe Biologie et Protection de l'Abeille : présentation des programmes

La caractérisation des mécanismes de régulation sociale des colonies d'abeilles Apis mellifera de même que l'étude de leur évolution et de leurs perturbations constituent un domaine fascinant qui retient tout l'intérêt de notre équipe.

Notre activité de recherche, au niveau fondamental, se situe plus spécialement dans le contexte de l'écologie chimique. Les relations entre les individus dans la colonie, entre les abeilles et le parasite Varroa destructor, ainsi que la régulation comportementale et physiologique de ces insectes sont analysées dans cette optique.

Nous avons découvert une phéromone de couvain impliquée dans la reconnaissance des larves et l'évaluation de leurs besoins par les ouvrières nourrices. Cette phéromone agit aussi sur la physiologie des abeilles adultes. Cette étape préliminaire nous permet d'apprécier l'importance du couvain dans la régulation sociale des colonies d'abeilles. Des questions se posent quant aux mécanismes à la base de la reconnaissance du couvain par les ouvrières : d'autres substances sont-elles impliquées ? Comment les ouvrières font-elles la différence entre les immatures (caste, sexe, age), et comment apprécient-elles les besoins du couvain ? Existe-t-il une glande sécrétrice de ces phéromones ?

Au niveau physiologique, nous avons caractérisé l'effet modificateur des phéromones de couvain sur les abeilles adultes de la colonie et travaillons sur leur synergie avec les phéromones royales.

De plus, les abeilles butineuses sont capables d'inhiber le développement comportemental des ouvrières, régulant ainsi la proportion de butineuses de la colonie. Une collaboration entre le Pr. Robinson de l'Université d'Illinois et notre laboratoire a permis de caractériser l'inhibiteur. Il s'agit d'une phéromone modificatrice, dont nous étudions les effets au niveau de l'expression de génique, approche plus intégrative de l'étude de la régulation sociale des abeilles.

La survie des colonies est menacée par l'acarien Varroa destructor, fléau mondial de l'abeille. Actuellement, seuls les traitements acaricides sont efficaces contre ce parasite. Mais l'utilisation de ces produits présente les inconvénients inhérents à l'utilisation des pesticides, c'est pourquoi des méthodes de lutte alternative doivent être envisagées. Ces méthodes reposent sur l'approfondissement des connaissances sur la relation hôte - parasite et en particulier sur la biologie du varroa (ontogenèse, succès reproducteur), la dynamique des populations, ainsi que sur les mécanismes de co-évolution entre l'hôte et le parasite.

Nous sommes impliqués dans la mise au point d'une lutte intégrée contre le varroa avec, au plan fondamental, un programme d'étude des aspects d'écologie chimique visant à l'identification de médiateurs chimiques chez le varroa et à la caractérisation des mécanismes de tolérance des abeilles à cet acarien. A un niveau plus appliqué nous nous intéressons à la mise au point de nouvelles méthodes de lutte biologique et chimique, dont la mise en évidence et le suivi de la résistance du parasite aux pesticides.

L'identification récente de colonies d'abeilles qui survivent au varroa sans l'aide d'aucun traitement, nous amène à tester plusieurs hypothèses qui pourraient expliquer ce phénomène : résistance comportementale ou physiologique des abeilles, baisse du pouvoir pathogène chez le varroa (approche populationnelle et mécanistique), absence de virus liés à cette pathogénie, ou méthodes d'apiculture.

Dans la perspective de sélectionner ces abeilles, nous nous intéressons à l'héritabilité du caractère de survie des abeilles et à l'expression de gènes impliqués dans ce parasitisme.

Mots clés : Apis mellifera, Varroa destructor, écologie chimique, régulations sociales, comportement, relation hôte-parasite, médiateurs chimiques, phéromones, lutte intégrée.