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La processionnaire du pin : sa biologie
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| Un comportement grégaire depuis l'éclosion (photo haut) jusqu'au
départ en procession de nymphose
(Photos MARTIN J.C., INRA)
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Les adultes : une durée de vie courte.
Les
observations faites par Démolin (1969) rendent bien
compte de la phase adulte du cycle de vie de Thaumetopoea
pityocampa. L'émergence des adultes a lieu au cours
des mois de juillet et août, au coucher du soleil. L'heure
exacte varie en fonction de la pression atmosphérique
journalière. Les mâles émergent environ
une demi-heure avant les femelles. La sortie du cocon se fait
grâce à la présence de crêtes sclérifiées
(canthus) situées sur la tête du papillon, qui
" découpent " l'enveloppe. Le ratio mâle/femelle
est généralement proche de 1. Les imagos mâles
sont plus petits que les femelles.
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La femelle (Photos Demolin G., INRA) | Sitôt
après sa sortie de terre, le papillon va gagner un
emplacement surélevé proche (tige, caillou,
branche…), sur lequel va avoir lieu le déploiement
des ailes, ce qui prend quelques minutes.
A la tombée
de la nuit, les mâles s'envolent, alors que les femelles
cherchent un endroit de repos. Au bout de quelques heures,
ces dernières se mettent dans une position dite "
d'appel " du mâle et, grâce à la dévagination
de leur armure génitale, elles émettent une
phéromone sexuelle, identifiée comme le (Z)-13-hexadecen-11-ynyl
(Guerrero et al., 1981), et appelée " pityolure
". Le mâle arrive rapidement, et l'accouplement
peut avoir lieu. Il dure une heure environ, durée au
bout de laquelle les deux papillons prennent leur envol. Le
mâle meurt un à deux jours plus tard.
Au bout de quelques heures, la femelle se pose sur un pin.
Elle va pondre autour de deux aiguilles, pendant environ trois
ou quatre heures.

La ponte à gauche et les chenilles du premier stade (à droite) (photos Martin JC) La ponte a une forme de manchon et mesure
près de cinq centimètres de long. Elle contient environ 200 œufs. Ceux-ci sont recouverts d'écailles
provenant de l'extrémité de l'abdomen de la
femelle, qui va rapidement s'envoler puis mourir quelques
heures après.
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| La chenille : une évolution à cinq stades
L'éclosion des œufs se déroule lorsque
la somme des températures moyennes journalières
atteint 780°C, soit
entre 30 et 45 jours après l'émergence des adultes. La vie larvaire comporte cinq stades, de L1 à L5, différentiables
au niveau de la quantité de soies (poils) présentes,
de la taille de la chenille (en longueur et en diamètre)
et du volume de sa capsule céphalique.

Les
cinq stades d'évolution de la chenille processionnaire du pin
(Photo Démolin G., INRA) | Tout au long de leur évolution larvaire, les chenilles resteront groupées, grégarisme
qui comme nous le verront par la suite est essentiel à
leur survie. Dès leur éclosion, les chenilles
L1 tissent un réseau de soie très léger
autour du manchon de ponte : le pré-nid (Dajoz, 1998).
Elles commencent à s'alimenter de nuit et changent
ainsi de lieu de regroupement. L'alimentation se fait en procession,
reliée au nid par un fil de soie. Pour Burjeron (1972),
la prise de nourriture nycthémérale est réglée
par la durée de la période d'obscurité.
Toutefois, il confirme ce qu'avançait avant lui Démolin
(1969b), à savoir que dans certains cas exceptionnels,
une prise de nourriture diurne est possible en cas de jeûne
obligatoire (résultant d'une surpopulation ou de températures
trop froides).
Les stades larvaires, entrecoupés de périodes
de mue pendant lesquelles les chenilles arrêtent de
s'alimenter, ont des durées variables.
Apparition des propriétés urticantes de la
chenille
Dès le premier stade larvaire, une glande pluricellulaire
est présente sur le dos de la chenille. A partir du
troisième stade, cette glande contient une protéine
urticante, la thaumétopoéine, qui se retrouve
dans les poils commençant à apparaître
(Novak et Lamy, 1987). L'appareil urticant comprend en fait
huit miroirs, placés sur les segments abdominaux de
la chenille, et contenant chacun des poils urticants, d'une
longueur proche de 200 µm (Maretic et Ladavac, 1978).
Lorsque la chenille est agressée ou stressée,
les miroirs urticants s'ouvrent et les poils sont propulsés
en l'air. Leur forme de harpon (Ducombs et al., 1979) leur
permet de pénétrer et de se fixer dans l'épiderme
de l'organisme agresseur. Le " frottement " en réponse
à la démangeaison conduit à la rupture
du poil et à la libération du venin, ce qui
peut provoquer des dommages plus ou moins graves, chez l'homme
ou les animaux.Le nid d'hiver : un " radiateur " garant de la
survie de la colonie
Dès l'arrivée des premiers froids, la colonie,
qui compte alors en général entre 100 et 150
chenilles, entreprend la construction d'un nid qui va lui
permettre de passer l'hiver. Ce nid, absent dans les régions
chaudes comme le Portugal, permet la survie du groupe (Démolin,
1967b).
Dès le début du vingtième siècle,
une étude a montré l'importance de la température
et de l'éclairement dans le choix du lieu d'élaboration
du nid d'hiver. En effet, ces nids dont le nombre par arbre
peut dépasser quinze, sont toujours situés à
l'extrémité des rameaux de l'hôte, la
plupart du temps sur le côté exposé au
Sud (Rabaud, 1910).
La phase de construction du nid d'hiver, très hiérarchisée,
a été décrite par Démolin (1967b).
La structure comprend deux enveloppes superposées,
une interne d'épaisseur importante et une externe plus
lâche, qui a un rôle de superstructure. Plus la
région d'implantation est froide, plus cette structure
est solide et bien entretenue. Il n'y a aucun orifice de sortie,
les chenilles se faufilent à travers les mailles du
tissage.
Le nid d'hiver joue un rôle de radiateur solaire, en captant les rayons
du proche-infrarouge. La différence de température peut être de 20°C
par rapport à l'air ambiant. Toutefois, on peut noter que si la
température du nid peut être très supérieure à la température externe,
celui-ci n'en demeure pas moins qu'un " capteur de calories ". Il n'a
ainsi pas de rôle d'isolation, et c'est bien le regroupement des
chenilles en conglomérat qui permet de conserver une température élevée
pendant la journée (Démolin, 1967b), facteur indispensable à leur
survie.
La procession de nymphose, fin de la phase aérienne
du cycle

La procession de nymphose, qui est à l'origine du nom
de l'insecte, a lieu de février à mai, et peut
durer jusqu'à six jours. La chenille de tête,
qui selon Démolin (1971) est toujours destinée
à donner un adulte femelle, se dirige vers une zone
éclairée. Lorsqu'elle parvient à un endroit
où le terrain est à la fois ensoleillé
et meuble, elle s'arrête et l'ensemble des chenilles
de la procession se regroupe. L'enfouissement, à une
profondeur comprise entre 5 et 20 centimètres, est
limité dans un petit espace et n'est pas toujours définitif
(Dajoz, 1998). Ainsi, si les conditions de température
se révèlent inadéquates, les chenilles
peuvent ressortir pour s'enterrer un peu plus loin. Débute
alors la phase souterraine du cycle de vie de l'insecte.
 Les chrysalides mâle a gauche et femelle à droite
(Photo REI F., INRA)
La phase souterraine : une durée très
variable
Cette phase, qui peut durer de quelques jours à plusieurs
mois, se déroule de mars à juillet. Après
l'enfouissement, la chenille tisse autour d'elle un cocon
de nymphose, et on assiste alors à un arrêt complet
du développement. Biliotti et al. (1964) ont défini
trois phases distinctes chez les populations méditerranéennes
de processionnaires du pin, en fonction de la perte de poids
journalière. Le développement reprend dans cette
région quelques semaines avant l'émergence de
manière très active.
Dans certains cas, cette phase de diapause peut être
prolongée : elle peut durer jusqu'à cinq ans
dans des conditions défavorables, notamment des sols
secs (Markalas, 1989). Ceci pose des problèmes importants
dans l'organisation de la lutte contre la processionnaire
du pin. Le taux de diapause prolongée, proche de zéro
en zone méditerranéenne, peut avoisiner 100
% dans les montagnes corses (Biliotti et al., 1964). La mortalité des nymphes est importante dans le sol.
Des expérimentations ont été menées
afin de l'évaluer (Markalas, 1989). Les résultats
montrent qu'elle peut atteindre 60 % uniquement à cause
de l'humidité du sol, sans prise en compte des prédateurs
existant dans la nature.
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Rédacteur : Martin J.C. Contact scientifique : Jean-Claude MARTIN Directeur de publication : Jean-Claude MARTIN Copyright : INRA-UEFM Unité : UEFM Département : EFPA
Date de création : 25/11/2006
Date de dernière mise à jour : 23/05/2007
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